Les Allemands à Villard de Lans
Le 9 juin 1944, tous les hommes valides rejoignent le maquis. Ils emmènent les voitures et les camions disponibles, tous les cars de la maison de transport Huillier. La famille Huillier paiera très cher, avec la mort de deux de ses fils, un garage en partie incendié, des appartements dévastés, la maison mère démolie avec des explosifs.
La gendarmerie a toujours été avec nos maquisards. Il ne faut pas laisser ces hommes tomber aux mains des Allemands. Un simulacre d'enlèvement est préparé. Des maquisards armés de mitraillettes sont postés derrière les murs des maisons voisines de la gendarmerie. D'autres font sortir les gendarmes qu'ils font monter dans un car. Des prisonniers de droit commun détenus à la gendarmerie demandent aussi à rejoindre le maquis. Tout ce monde est dirigé sur Saint-Martin. Seules restent les femmes et les enfants des gendarmes.
Par deux fois, après Saint-Nizier et Vassieux, les Allemands occupent Villard.
Après Saint-Nizier
De la route de Saint-Nizier à Villard, les soldats allemands tirent des coups de canon en direction de Villard. Ils visent surtout un petit poste de maquisards, qui est installé dans le haut du chemin du purgatoire. Mais on se demande si l'objectif n'est pas le pays. Faut-il rester dans les maisons ? Faut-il sortir ? Bientôt les premiers détachements allemands arrivent, poussant devant eux des habitants de Saint-Nizier et de Lans qu'ils ont récupérés au passage. Notre maison, à l'entrée du village, est envahie par des officiers. Ils s'installent pour manger ce qu'ils ont volé dans les fermes. Que faut-il faire ? Nous sommes deux femmes et deux enfants dans la maison. Peut-être démoraliser nos hôtes forcés. La radio a annoncé qu'un attentat avait eu lieu contre Hitler. Je le leur dis. Il s'ensuit presque une bagarre. On sort les révolvers. Ils ne sont pas tous d'accord. Des ordres sont donnés pour porter à la mairie les postes de radio, les bicyclettes, l'essence. Un officier, qui parle très bien le français, quand il n'est pas avec les autres, me dit de n'en rien faire. J'enveloppe mon poste dans du papier et je le porte au cimetière. Je le retrouverai après le départ des occupants. La bicyclette est démontée et dispersée dans tous les coins du grenier. Tout ce qui était précieux et compromettant avait été enterré dans le jardin.
Après Vassieux
Les Allemands arrivent en tirant des coups de canon, la maison est aussitôt envahie par les soldats. Ils fouillent dans tous les coins. On nous demande où sont les hommes. Nous leur répondons : 'prisonniers en Allemagne'. Seule avec un officier, il me dit que 35 000 hommes cernent le Vercors et qu'ils ont atterri dans le sud avec des planeurs. Il me dit qu'ils craignent les maquisards, qu'on ne les voit pas. Il me demande s'ils sont nombreux ? Je lui réponds : 'au moins autant que les vôtres'. Et je savais que nos pauvres garçons n'étaient que 3 ou 4 000 et qu'ils étaient seulement armés de petit matériel, mais il fallait paraître fort.
Les soldats allemands reviennent plusieurs fois, ils nous obligent à leur ouvrir les portes, de crainte qu'elles ne soient piégées, même celle d'un buffet. Il est difficile de dormir. Ils prennent quelques femmes pour éplucher leurs légumes. Les hommes qui ne sont pas partis au maquis sont rassemblés parfois plusieurs fois par jour. Ils les font passer devant eux quand ils avancent. Ils leur font refaire le pont de Valchevrière, que les maquisards ont fait sauter.
Un soir, on annonce le couvre-feu pour 8 heures. Que va-t-il y avoir ? Mon mari rentré du maquis passe la nuit dans un foudre à la cave. Va-t-on faire une rafle ? Va-t-on arrêter la population ? Nous sommes tous habillés, chaussés solidement, une valise est préparée pour chacun avec un peu de ravitaillement. Nous sommes prêts à partir. Personne n'a faim. Nous attendons. Un beau-frère, sa femme et ses enfants se sont réfugiés à la maison. Il fait nuit. Les soldats allemands arrivent et se postent un tous les 10 mètres. Villard est cerné. La troupe frappe à toutes les portes. Parfois, l'oiseau est au nid. S'il n'y est pas, on dit aux parents de l'envoyer le lendemain à la Gestapo qui est installée à l'hôtel Splendid. Certains parents l'ont fait. Ils n'ont plus revu leurs enfants qui ont été fusillés cours Berriat.
Enfin, un samedi matin, au point du jour, nous entendons partir camions et voitures. L'ennemi s'en va, mais vers Lans, nous entendons encore des coups de feu. Ils sont partis laissant derrière eux, les ruines, les cadavres, la désolation.
témoignage de Denise Noaro (Veuve Jean Glaudas)
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